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TRAVERSÉE DU CAMBODGE : VESTIGES KHMERS ET PISTES DE TERRE

  • 29 janv. 2018
  • 9 min de lecture

Nouvelle chaîne, freins réglés, commande de dérailleur nettoyée, dynamo réparée... Je quitte Bangkok avec un vélo dans sa seconde jeunesse. La sortie de la capitale Thaïlandaise n'est pas si terrible que je le redoutais, si bien que le soir même, me voilà en pleine campagne, entrant dans un temple isolé pour demander à pouvoir y planter ma tente. Le lieu semble désert. En me promenant au travers des différents édifices, je découvre finalement un vieux moine en chaise roulante, que l'obscurité régnante m'avait d'abord dissimulé. A grand renfort de mîmes, je lui explique mon dessein, sans grand succès. Au bout d'une demi heure, des habitants du village voisin arrivent finalement. Ils m'installent dans une grande pièce, sous un ventilateur. Au milieu de la nuit, je suis réveillé par les trombes d'eau qui s’abattent sur le toit de tôle au-dessus de moi. Je suis bien content d'être à l’abri pour la nuit. Au petit matin, la pluie n'a pas cessé. J'attends une accalmie, qui ne semble pas vouloir arriver. Je me lance finalement, sous la pluie, qui m'accompagne quasiment toute la journée. Les températures, plus que clémentes, rendent cette journée supportable bien qu'il soit assez désagréable de pédaler dans cette humidité.

En Thaïlande, on trouve des temples bouddhistes dans quasiment chaque village. Ils constituent un logis idéal pour le vadrouilleur que je suis. J'y ai toujours été reçu cordialement et l'on m'a toujours installé dans un endroit confortable, le bac d'eau n'étant jamais très loin pour se laver. Pour ma dernière nuit au Siam, je tente ma chance, une fois de plus, dans un temple. Là encore on m'installe dans une grande pièce. Le moine qui m'accompagne m'indique un genre d'hôtel de cérémonie, où je comprends que je peux m'installer pour dormir. Sur l'hôtel trônent de grandes photographies du défunt roi de Thaïlande et d'un moine, à priori important. C'est ainsi que je passe ma dernière nuit dans le pays, sous les regards protecteurs de deux de ses plus importantes entités spirituelles.

Le lendemain je quitte la Thaïlande pour le Cambodge, non sans engloutir un dernier padthaï avant de passer la frontière. Les formalités se déroulent sans encombres et après une petite demi-heure à remplir des cases avec des lettres en majuscules, me voilà à pédaler dans un nouveau pays. Les « hello » des enfants sur le bord de la route sont nombreux et attirent mon attention : en Thaïlande, j'ai trouvé les habitants, ainsi que les enfants, assez indifférents à mon sort. Ici, chaque fois que je passe devant une maison, j'entends s'élever les parfois très lointains « hello » éraillés des enfants en furie.

Battambang est la première grande ville sur mon chemin. J'y passe une nuit. C'est la seconde ville du pays par sa taille. J'apprécie l'atmosphère qui y règne et les stands qui s'illuminent à la nuit tombante et où l'on peut manger attablé au bord de la rivière qui traverse la ville. Je ne m'attarde pas, et reprends ma route. A la sortie de la ville, je visite l'un de ces temples datant de l'empire Khmer, qui au XIIème siècle régnait sur une grande partie de la région. Ils sont nombreux, disséminés dans le pays, et attirant de très nombreux touristes venus du monde entier pour les visiter. Celui-ci est simple, sobre, et j'apprécie la tranquillité des lieux.

Alors que la journée touche à sa fin, et que mes jambes me disent de m'arrêter, je décide de tenter ma chance dans un temple bouddhiste. Ça marchait en Thaïlande, pas de raison que ça ne marche pas ici. Au centre d'un village, je trouve un grand complexe religieux composé de plusieurs bâtiments. Je m'y ballade quelques instants, contemplatif. Je m'adresse finalement à quelques moines, qui se reposent là, contemplant le jour finissant à l'ombre des arbres. La communication n'est pas aisée et j'ai quelques difficultés à leur faire comprendre ma requête. Ils m'invitent à m’asseoir avec eux, à contempler le temps qui passe. Je m'exécute. Une demi heure passe avant que plusieurs mini-van arrivent et déposent plusieurs dizaines de jeunes moines. En me voyant, ils se dirigent vers moi, et je me retrouve comme une bête de foire sous tous ces regards pleins de curiosité. Là encore, la communication est compliquée, et c'est finalement l'un de leur professeur qui vient me sauver en s'adressant à moi dans un anglais médiocre. Le professeur me fait visiter les lieux et me propose de m'installer dans l'école pour la nuit. Avec les dizaines de moines de tous âges qui nous accompagnent, nous formons une joyeuse procession. La nuit tombée, alors que je sors mes ustensiles de cuisine et me lance dans la confection de mon repas, le groupe est toujours autour de moi. Les langues finissent par se délier et certains, qui ne semblaient au départ ne pas parler le moindre mot d'anglais, mettent de côté leur timidité et me questionnent dans la langue de Shakespeare. Je passe une soirée des plus agréable en compagnie de tous ces jeunes moines aux regards emplis de sagesse. Leur professeur m'explique qu'ils sont pour la plupart des orphelins, auxquels l'organisation religieuse se charge de fournir une éducation gratuite. C'est plein de belles pensées que je vais finalement me coucher. Le lendemain matin, tous ces jeunes gens entrent en classe et je quitte les lieux accompagné de dizaines d'adieux pleins de sympathie.

Le jour même, je gagne Siem Reap. A quelques kilomètres de la ville, se trouvent les temples d'Angkor, principale attraction touristique du pays. Cette ville n'a pas grand chose à voir avec le Cambodge que j'ai pu voir jusque là. Tout y est construit et organisé pour accueillir les millions de touristes qui viennent visiter les temples chaque année. La ville s'est développée autour de l'afflux de visiteurs étrangers, et l'on ne s'y sent pas vraiment au Cambodge. C'est un patchwork d'auberge de jeunesse, hôtels, restaurants occidentaux, bars, nights-club... Je m'arrête deux jours et visite les temples une journée durant. Bien que grandioses, magnifiques, je n'apprécie pas spécialement de devoir partager ce spectacle avec des milliers d'autres personnes qui se bousculent pour prendre LA photo. Je crois que je me serais finalement tout aussi bien porté en ne visitant pas cette attraction « à ne pas louper ». Ce séjour à Siem Reap me pousse à réfléchir sur le tourisme de masse, sur ce qui pousse toutes ces personnes à s'entasser aux mêmes endroits, à quitter leurs pays sous prétexte de découverte, d'exotisme, pour finalement consommer dans le même genre de bars et restaurants qu'ils retrouvent une fois rentrés à la maison.


En partant de Siem Reap, je ressens le besoin de voir et ressentir le Cambodge authentique et de m'écarter de ces afflux de touristes propres à l'Asie du sud-est. Je mets le cap à l'est, en prenant soin d'emprunter uniquement des routes secondaires. A seulement cinquante kilomètres de la ville, je tombe sur un magnifique temple, à moitié recouvert par la végétation, que seuls quelques visiteurs se sont donnés la peine de venir visiter. Je fais quelques kilomètres sur une piste de terre ocre et découvre un autre vestige de l'empire Khmer, cette fois totalement délaissé par les visiteurs. Je décide de m'y arrêter et de planter ma tente à côté pour passer la nuit.

Le lendemain je continue mon avancée sur la piste de terre. Sur mon gps, j'ai repéré un itinéraire secondaire qui me détourne des routes principales droites et monotones. Chaque passage de voiture soulève un immense nuage de poussière, que j'ai du mal à ne pas avaler. Très vite, mon vélo en est également recouvert. Je traverse quelques villages reculés, accueilli par les « hello » hystériques des enfants, traverse des ponts datant de l'empire Khmer et toujours en fonction. A la mi-journée, la piste de terre se transforme en chemin défoncé, et de profondes ornières m'obligent à pousser le vélo sur une bonne partie de la distance. Je passe à côté d'un temple totalement abandonné, qui semble sur le point de s'écrouler. Les immenses blocs de pierre continuent malgré tout de se soutenir, par je ne sais quel miracle. En milieu d'après-midi, épuisé, je gagne finalement un village, où je décide de m'arrêter pour la nuit.

Le lendemain, la piste est plus praticable. Entre deux maisons, un attroupement m'amène à m'arrêter. Des dizaines d'hommes de tous âges forment un cercle sur le bord de la route. Au centre, deux coqs s'affrontent dans un combat à mort. A chaque attaque, les spectateurs retiennent leur souffle ou laissent s'échapper des cris de désarrois, voyant leur mise fructifier ou s'envoler. Je ne reste pas jusqu'à la fin de ce charmant spectacle et reprends ma route.

Je finis par rejoindre la route principale. En deux jours à pédaler à bon rythme sur cette route en ligne droite, je rejoins la ville de Kampong Cham, au bord du Mékong. J'y retrouve Thomas, un copain Italien, rencontré quelques mois plus tôt en Ouzbékistan. Pendant tous ce temps nos chemins s'étaient séparés pour finalement se croiser à nouveau ici. Nous partageons quelques repas et une journée de repos bien méritée dans cette ville agréable. Il y règne un calme bien appréciable, les habitants semblent vivre au rythme apaisé des eaux du fleuve qui traverse la ville. Nous repartons finalement chacun dans nos directions respectives : lui vers le sud, moi vers le Laos, au nord.


Ici commence mon idylle avec le Mékong, qui ne sera pas sans me rappeler celle avec la Loire en ce froid mois de février dernier. A la sortie de la ville, j'emprunte la petite route qui longe le fleuve sur sa rive est. Je traverse de nombreux villages vivant au rythme du cours d'eau. Les maisons sont dressées sur des pilotis, afin de prévenir les débordements du Mékong en saison des pluies. Là encore, je roule accompagné par les incessants « hello » des enfants. En début de journée, ces salutations m'apportent plein de réconfort et j'aime observer ces bouilles pleines de malice. Sous la chaleur accablante de la mi-journée, je dois bien reconnaître que j'y suis moins réceptif et je n'ai pas toujours l'énergie suffisante pour répondre à ces incessantes salutations. Je décernerais malgré tout largement aux enfants cambodgiens la palme de la mignonnerie.

A plusieurs reprises je passe devant des cafés où le public observe un écran de télévision que je ne peux pas voir. Je finis par me laisser gagner par ma curiosité et m'arrête commander un café glacé. Ici au Cambodge, l'on boit le café dans un verre rempli de glaçons auquel on ajoute du lait concentré. Le tout est plutôt bon. Je m'installe et découvre avec grande surprise ce que visionnent tous les Cambodgiens attablés ici : des combats de coqs retransmis sur une chaîne locale. Avant chaque début de combat, les hommes misent un billet sur l'affrontement à venir. C'est le PMU local.


La route finit par laisser place à une piste de terre, puis de sable, puis à un chemin que seuls les deux roues et piétons peuvent emprunter. Je continue de longer le fleuve, traversant des villages toujours plus isolés. En fin de journée, j’atteins un lieu que j'avais repéré au préalable sur mon GPS. J'arrive sur une minuscule plage au bord du fleuve. Ses eaux sont ici plus agitées. Des villageois viennent s'y laver, faire leur lessive et remplir leurs réserves d'eau qu'ils doivent par la suite transporter sur plusieurs centaines de mètres. Je plante ma tente là pour la nuit. Il est souvent difficile en Asie du sud-est de trouver un bon endroit de nature où planter la tente. Je suis comblé par celui-ci, d'autant que j'assiste à un splendide coucher de soleil.

Le Mékong continue sa route vers le nord. Moi aussi. Nous continuons notre route ensemble vers le Laos. Le fleuve n'en a que faire des frontières. Il me faut cependant débourser quelques dollars afin d'obtenir le Visa qui m'autorise à rentrer sur le territoire laotien.

En Thaïlande, je tombe sur ce drôle de temple sur le bord de la route. La divinité à laquelle il est consacré est gardée par plusieurs milliers de coqs.

En demandant l'hospitalité dans un temple, on m'installe sur cet hôtel, entre le roi défunt de Thaïlande et un éminent moine bouddhiste.

Battambang, seconde ville du pays par sa taille, me séduit par son charme et son authenticité.

Je passe une nuit dans une école monastique, avec cette jeune et joyeuse compagnie.

Le temple d'Angkor wat au lever du soleil, vestige de l'empire Khmer.

Au sud de Siem Reap, quelques villages "flottants" se dressent en bordure d'un lac. Ici, la barque est le moyen de transport le plus commun.

Je m'aventure sur des routes secondaires et découvre des pistes de terre ocre sur lesquelles chaque passage de voiture soulève d'énormes nuages de poussière.

En m'aventurant sur ces pistes, je découvre des vestiges de temples à l'abandon, et ce pont, de la même époque, et toujours utilisé.

Le Cambodge regorge de vestige datant de l'empire Khmer. Ici, par le plus grand des hasards, je tombe sur cet édifice bancal délaissé par les touristes.

Le Mékong et ses nombreuses îles.

Au terme d'une épuisante journée à pédaler sur une piste, je trouve cet idéal spot de camping au bord du fleuve.

J'ai apprécié le Cambodge notamment pour ses pistes, souvent en mauvais état, mais qui m'amenaent à traverser de sympathiques villages, loin de l'afflux de touristes.


 
 
 

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