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L'AVENTURE INDIENNE CONTINUE

  • 19 oct. 2017
  • 6 min de lecture

Quelques jours de repos me rétablissent de mon aventure et je me décide à quitter Leh en direction de l'ouest. Je franchis encore quelques jolis cols. Je traverse quelques villages d'un autre temps dominés par des monastères bouddhistes. La vie y est rythmée par les magnifiques roues à prière qui à chaque tour déclenchent le bruit d'une cloche. Les villageois occupent pour la plupart leurs journées à la culture fourragère, pour nourrir vaches, yaks, moutons et chèvres. A mi-chemin entre Leh et Kargil, j'assiste à une drôle de succession. Je traverse le premier village musulman : mosquée, appel à la prière, petites filles voilées jusqu'au cou... Le suivant est bouddhiste : roues à prières, drapeaux colorés, moines... Le suivant est de retour musulman, jusqu'à entrer définitivement dans un monde musulman. Me voilà au Cachemire, cette région sous tension, au nord-ouest de l'Inde. Je retrouve la gouaille des enfants sur le bord des routes qui m'interpellent. Chaque traversée de village se fait sous un flot de salutations et de questions qui me ramènent quelques mois en arrière dans mes traversées de la Turquie, de l'Iran... Cela tranche avec le calme et la quasi-indifférence des habitants du Ladakh.

J'arrive à Kargil, ville de taille moyenne et cachemirie. La ville semble préparer une fête sans que je puisse deviner laquelle. Il y règne un désordre assez incroyable. Ca klaxonne dans tous les sens, les rues sont bondées de gens et autant d'animaux en tout genre. Les bus transportent autant de personnes sur leurs toits qu'à l'intérieur. Je fais quelques provisions et le lendemain j'emprunte la route remontant la rivière Suru, vers le sud. N'étant pas pressé de retrouver l'Inde hindoue, j'ai décidé de faire un détour par la vallée de Zanskar, au sud de la route rejoignant Leh à Kargil. Au départ de cette dernière ville, je prend donc plein sud, remontant les méandres de la rivière dans une vallée tantôt escarpée, tantôt vaste. Je traverse de nombreux villages. La fête dont j'avais senti les prémisses la veille bat son plein. Les Cachemiris célèbrent l'Achoura, fête musulmane chiite commémorant le martyr de l'imam Hussain. J'assiste à de grands défilés d'hommes, les femmes étant mises à part, se frappant le torse et accompagnant, dans des cris plutôt que dans des chants la musique crachée par un haut parleur au son grésillant. La plupart sont habillés de noir et brandissent de grandes banderoles de la même couleur inscrites de textes arabes. Dans cette démonstration de foi et de fidélité musulmane, on met les enfants en avant, les poussant à rentrer dans une quasi trance. Le spectacle est assez déconcertant et je ne passe pas inaperçu avec mon vélo et mes sacoches. Je suis plutôt mal à l'aise et retrouve un peu d'air à la sortie des villages. Le lendemain je croise encore l'un de ces défilés. La fête semble durer plusieurs jours. L'on me les fait traverser en m'interdisant de prendre des photos. Je ne demande pas mon reste et déguerpis. Je traverse le dernier village avant longtemps. Je traverse une longue zone inhabitée qui semble faire office de zone tampon entre les mondes musulmans et bouddhistes. La route, jusque là plutôt bonne, se transforme en une infernale piste de briques et de rocs. Ma monture est secouée dans tous les sens et mes sacoches qui commencent à être fatiguées perdent des morceaux. Le panorama est impressionnant. Des géants de glace et de roche (jusqu'à 7135 mètres pour le Nun) dominent la vallée. Pendant une journée entière j'évolue difficilement dans cet environnement sans croiser la moindre trace d'occupation humaine. Je finis par passer sous une banderole de drapeaux colorés : me revoilà en terres bouddistes et le "julley" (mot valise signifiant aussi bien bonjour, qu'au-revoir, merci) est de nouveau de mise. La vallée reste très peu habitée et les rares villages que je croise se constituent d'une poignée de maisons sur le toit desquelles l'on fait sécher le foin et les bouses de yaks pour le feu.

Un col à quatre mille mètres d'altitude vient corser mon avancée. J'arrive en-haut aux dernières lueurs du jour pour admirer les colossaux sommets alentours. Ces derniers m'emplissent plein de rêves et de projets après mon aventure au Stok Kangri. Je trouve refuge dans un bâtiment abandonné qui se trouve là. Nous sommes entrés dans le mois d'octobre et je sens les températures baisser comparé à il y a deux semaines. A 4400 mètres, lorsque le soleil se couche, l'air devient glacial et il suffit d'un petit vent pour me rendre les extrémités douloureuses. Je suis bien content de trouver refuge dans cet abri en dur pour me cuisiner mon repas du soir. Depuis une semaine, je m'essaye à la confection de chapatis, pains indiens ronds et plats. Le résultat n'est pas encore très satisfaisant, ma casserole n'étant pas très adaptée, mais quel plaisir que d'avoir du pain chaud à se mettre sous la dent le soir ! Le lendemain, dans ma descente du col, j'admire un splendide glacier qui descend des sommets enneigés et vient se transformer en rivière, la Doda Stod, que je suis jusqu'à Padam, point final de mon aventure dans la vallée du Zanskar. Au bord de la route, je suis invité à boire le chaï (thé au lait aux épices très bu en Inde) par un groupe de femmes que je ne sais quelle occasion met en fête. L'on m'abreuve et me nourrit avec bonté. Ces femmes sont habillées de manière colorée, souvent la tête couverte, par protection des forts rayons du soleil plutôt que par ferveur religieuse. Leurs visages bonhommes burinés par le soleil mais beaux me font penser à ceux des femmes des plateaux andins. J'arrive finalement à Padam, village un peu plus conséquent, après cinq jours. Seul, dans l'effort, dans la montagne, je m'imagine toute destination finale comme un havre de confort et de loisirs. Bien souvent, je suis déçu. Le voyage en valait la peine par lui-même, pas pour sa destination. Les restaurants sont peu nombreux et servent plus ou moins tous la même chose. La douche, tant attendue après ces cinq jours, est bien froide, et je ne m'attarde pas sous le mince filet d'eau qui me glace le dos. Je reste deux jours à Padam, à moitié dans l'ennui. Je vais visiter un monastère aux alentours, ce qui m'occupe deux heures. Fort heureusement, j'ai ma liseuse et une foule de livres à ma disposition. Je me plonge dans la lecture des Misérables et dévore les tomes avec délectation.

J'arrive à trouver sans trop de difficulté un pick-up pour retourner à Kargil. La vallée de Zanskar est un cul de sac de 250 kilomètres de long. Arrivé à Padam en vélo, pas d'autre issue possible que de retourner à Kargil par la même route. Une route reliant Leh est bien sensée être en construction, mais avant que celle-ci soit achevée... Padam gardera encore un petit bout de temps ses allures de village du bout du monde. Au bout de dix interminables heures de trajet sur cette route chaotique, durant lesquelles il me sera impossible de fermer l’œil, me voilà de retour à Kargil, dans le monde brusque, sale et mouvementé cachemiri. Ca ne m'avait pas manqué.


Environ deux cent kilomètres séparent Kargil de Srinagar, principale ville du Cachemire. La région est plus habitée et j'ai plus de difficulté à trouver un endroit où poser ma tente le soir. La population est plus pauvre et la mendicité est bien plus présente qu'au Ladakh, qui bénéficie d'un important afflux de touristes. Ils sont beaucoup moins présents, voir inexistants, au Cachemire. Des récents affrontements entre l'armée indienne et des indépendantistes cachemiris n'ont pas aidé à améliorer l'image de la région. Je ne peux que constater l'omniprésence de l'armée indienne au Cachemire. Sur la route, je croise d'interminables convois militaires. Certains villages ne semblent exister que par la présence de gigantesques camps dans lesquels sont retranchés les militaires. A l'approche de Srinagar, la circulation se fait plus dense. Me voilà de retour dans l'Inde sale et bruyante que j'ai si rapidement fuie quelques semaines plus tôt. Je n'ai plus d'échappatoire possible, il va falloir faire avec. A Srinagar, j'attends Elias, un ami espagnol rencontré à Dushanbe et Bishkek ces derniers mois. Nous allons faire un peu de route ensemble. Deux vaillants cœurs ne seront pas de trop pour affronter l'Inde hindoue.

Au coeur de la vallée de Zanskar, je passe le fameux cap des 10 000 kilomètres. Malheureusement, mon compteur en décide autrement et repart de zéro.

Je croise de belles paires de cornes sur ma route.

Le monastère bouddhiste de Lamayuru.

Le monastère de Lamayuru sous les rayons matinaux du soleil.

Ombres et contrastes dans le relief en s'approchant de Kargil.

La route suit des cours d'eau dans des vallées minérales .

En haut des cols, chacun dépose son drapeau à prières .

Le Nun et le Kun, deux géants de plus de 7 000 mètres qui dominent la vallée de Suru.

En arrivant dans la Zanskarvalley la route se transforme en piste chaotique.

Je suis secoué dans tous les sens sur cette route rocailleuse. Heureusement que les paysages sont à la hauteur !

La vallée du Zanskar est dominée par une multitude de sommets semblant tous plus innaccessibles les uns que les autres .

Le monastère de Karsha, aux abords de Padam, ma destination finale dans la vallée du Zanskar.


 
 
 

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