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FUITE VERS LE HAUT

  • 12 oct. 2017
  • 12 min de lecture

Inde du nord.

Je vais me faire bouffer, je le sais. Je le savais mais je me suis laissé porter jusqu'à sentir l'odeur fétide des glandes salivaires du loup.

Les portes coulissantes s'ouvrent et se ferment devant moi. Je ne veux pas les franchir, je veux rester dans ce confort aseptisé aux normes internationales que m'offre l'aéroport. Je ne veux pas, je ne veux plus découvrir ce nouveau monde qui m'attend de l'autre côté. Avec mon carton de deux mètres sur un un, dans lequel j'ai difficilement fait rentrer mon vélo, et mes trente kilos de sacoches, je fais une proie facile, trop obèse, trop pataude pour échapper aux crocs de ses prédateurs. Je quitte le confort climatisé et entre dans l'air chaud, moite et pollué de Delhi, gros de mes préjugés sur l'Inde et les Indiens.

Le bruit et la fureur. Le titre de Faulkner colle à merveille à mes quelques heures passées dans la capitale indienne. A la sortie de l'aéroport, je suis abordé par un homme qui m'offre les services d'un taxi pour le centre ville. Je négocie, mal, jusqu'à ce que l'on s'entende sur le prix de mille roupies. La circulation est bouchée. Mendiants et vendeurs à la sauvette se traînent entre les files denses de véhicules à l'arrêt qui klaxonnent en continu. Quand enfin nous arrivons à destination, le chauffeur a tout oublié de l'hôtel que je lui avait indiqué et qu'il semblait si bien connaître une demie heure plus tôt. Impossible de le trouver dans ce désordre urbain. Il m'amène à une agence de voyage, prétextant la prise d'information. Il me roule, je le regarde noir lui faisant bien sentir qu'on ne va pas être amis longtemps. A l'agence, on me propose d'oublier l'hôtel et l'on m'offre de me réserver un bus pour Manali, où je souhaitais me rendre le lendemain. Les tenanciers du business ont l'air tout autant escrocs que mon chauffeur. Ils ont flairé le pigeon à plein nez. Ils me font miroiter que le transport de mon vélo et de mes sacoches va m'en coûter deux mille roupies, en plus du prix normal du ticket qu'ils ont déjà bien gonflé. Le prix est exorbitant mais je suis coincé avec mes bagages encombrants au milieu de cet enfer urbain. Je leur lance des regards pleins de haine qu'ils font semblant de ne pas remarquer. Je paye le chauffeur qui me demande le double de la somme convenue plus tôt, prétextant l'attente. Je ne suis pas loin de lui sauter au cou et de l'étrangler. Il le voit bien dans mes yeux mais son avarice l'emporte sur la crainte. Je lui donne la moitié de la somme qu'il a demandée et lui parle comme à un chien pour qu'il dégage. Je me sens bouillir. Il faut que je décampe au plus vite. Je paye pour ce satané bus, trois fois ce qu'il aurait dû m'en coûter. L'attente dans ce foutu repaire d'escrocs est interminable. Le son criard de leur voix me met hors de moi et je suis pas loin de le leur signifier. J'en viens à prendre en pitié ces pauvres colons britanniques en leur temps. Je vais finir chèvre, il est temps de partir. Je souffle enfin quand, assis au dernier rang, le bus démarre.

Un mois d'insouciance et de franche marrade au Kirghizistan ne m'avaient pas préparé à cela. Depuis quelques mois, je sentais le géant chinois se rapprocher tel un rempart à mon avancée vers l'est du continent asiatique. M'étant renseigné sur internet, l'obtention d'un visa chinois depuis l'Asie centrale apparaissait de plus en plus comme un challenge insurmontable. Je nourrissais l'espoir d'un miracle et continuais d'avancer sans m'en soucier. La visite de trois copains au Kirghizistan m'avait encore un peu plus plongé dans cet état d'insouciance et j'abordais vaguement l'idée de bifurquer par l'Inde, sans vraiment réaliser ce que cela impliquait. Une fois mes amis repartis, je réservais un vol pour Delhi, comme si de rien n'était et continuais ma petite routine kirghize : fête, rencontres et randonnées. Une fois dans l'avion pour Delhi, j'ai la désagréable impression de m'être laissé entraîné dans un déni de réalité. Aller faire du vélo en Inde : ne faut-il pas être fou pour avoir une telle idée ? Comment ai-je pu en arriver là ?

Le bus file dans la nuit dans une cacophonie de klaxons. Il slalome entre les obstacles à toute berzingue. De l'arrière, je ne vois rien et je m'en porte aussi bien. Je fuis Delhi, je fuis l'Inde. Vite, direction le nord, là où les Indiens sont moins nombreux, là où les Indiens ressemblent le moins à des Indiens. J'arrive à Manali le lendemain en milieu de matinée. Je m'étale dans le lit de la première guest-house venue. J'ai besoin de souffler quelques jours. Manali ne semble vivre que pour le tourisme, et notamment pour les touristes israéliens venus en nombre fumer de l'herbe à bas prix sous un climat agréable. Trois jours durant je me vautre dans l'inactivité avec délectation. Matin, midi et soir, réglé comme une horloge, je me traîne jusqu'aux différents restaurants de la ville. Ces derniers mois ont été pauvres gastronomiquement, la palme du dégoût revenant au Kirghizistan (bon j'exagère un peu mais ils raffolaient quand même de choses sacrément dégoutantes). En la matière, l'Inde m'offre un éventail sans fin de saveurs à découvrir. C'est bien là le seul rayon de soleil que me laisse alors entrevoir le pays. Je m'y mets à cœur joie : chapatis, dalhs, malaï kofta, paneer butter masala... Je goûte, j'essaye au hasard et finis souvent la gorge en feu, brûlée par les épices. Quel plaisir !

Et puis un matin, rassasié, je remonte sur mon vélo et mets le cap au nord. Voilà déjà un mois que je l'ai laissé de côté. La reprise est dure, d'autant que je m'attaque à un itinéraire des plus corsé. La Manali-Leh highway est une succession de cols de haute altitude sur près de cinq cent kilomètres. Depuis Manali, cinquante kilomètres de montée parmi les pinèdes me mènent jusqu'au col de Rothang à quatre mille mètres d'altitude. Des aigles aux envergures astronomiques tournent haut dans le ciel pendant que je bataille contre cette interminable pente. Le col est très fréquenté par les touristes, étrangers comme indiens, venus à la journée depuis Manali. En haut, on se photographie à tout va, posant fièrement devant la borne indiquant l'altitude, que l'on est courageusement venu conquérir le cul assis sur un siège de voiture ou une selle de moto. Quand j'arrive sur mon vélo, j'attire sur moi de nombreux regards curieux. Il faut un certain temps avant que le premier Indien prenne son courage à deux mains et vienne poser à côté de moi le temps d'un selfie... sans un bonjour, sans demander la permission, sans le moindre mouvement des lèvres. J'observe son manège avec un mélange d'amusement et de mépris contenu. Ce que je ne sais pas encore c'est que ce "courageux" pionnier va en attirer d'autres. Au vingtième selfie je fais la grimace devant l'objectif et je n'hésite pas à bousculer les derniers retardataires à la séance photo pour remonter sur mon vélo et mettre les voiles. Dans la longue descente qui s'en suit, je gamberge. Il va falloir que je me construise une forteresse psychologique et que j'oublie la bonté humaine qui a marqué ces derniers mois de voyage. La sagesse des vieillards turcs m'invitant au thé à chaque traversée de village, l'hospitalité iranienne, les bons vivants kirghizes... Tout cela me semble être relégué à des années lumières.

Heureusement, peu s'aventurent au-delà du premier col et je goûte chaque instant passé sur ce magnifique itinéraire qu'est la Manali-Leh highway. La route est plutôt bonne, souvent refaite à neuf récemment et seules quelques portions rocailleuses subsistent. La région est très occupée par l'armée indienne, du fait des proches frontières chinoises et pakistanaises, d'où la qualité de la route. Les dénivelés sont importants et chaque jour je monte un peu plus haut que la veille. Je suis heureux de me retrouver dans ces montagnes désertiques, quasiment inhabitées par l'homme, même si mon avancée prend un peu l'allure d'une fuite. Seuls les camions TATA (marque indienne), les convois militaires et les touristes sur leurs Royal Enfield de location (marque de moto) viennent troubler ma sérénité retrouvée dans une utilisation disproportionnée du klaxon. Sur la route, je rencontre Petra et Jogui, le guide qui l'accompagne. Il y a un peu plus d'un an, Petra, suissesse, était victime d'un accident qui la privait momentanément de l'usage de ses jambes. Comme une revanche sur la vie, pour se prouver qu'elle en était capable, elle s'est lancée dans le projet fou de pédaler de Manali à Leh, route réputée comme l'une des plus difficiles au monde. Tous les jours je croisais le duo, suivi de près ou de loin de leur jeep d'assistance qui transportait aussi leurs cuisiniers. Un soir, ils m’invitent à les rejoindre pour le dîner. C'est avec grand plaisir que j'accepte et partage ce repas aux allures de banquet au milieu des montagnes. Pendant plusieurs heures j'observe avec délectation le travail des cuisiniers qui ne semble jamais s'arrêter.

Le dernier col de la Manali-Leh highway est le Taglang La Pass, culminant à 5328 mètres d'altitude. Cette dernière montée est dure, la respiration se faisant de plus en plus difficile à mesure que je m'approche du but. Heureusement, mon acclimatation à l'altitude est bien rodée et j'arrive là-haut sans trop de problème. A cette altitude, le ciel se pare d'un bleu intense comme il est difficile de se l'imaginer. Pas un seul nuage ne vient troubler cette intensité monochrome. Je me lance avec joie dans la longue descente vers Leh. Je prends beaucoup de plaisir à la vitesse sur cette route sinueuse qui ne semble ne jamais finir de descendre. A l'approche de Leh, des villages mettent fin à mon escapade en terres inhabitées. J'ai l'impression d'être redescendu dans un nouveau monde. La vallée est bordée de temples bouddhistes, souvent accrochés à flanc de montagne. Je traverse les villages saluant les moines sur mon passage. Ici les visages sont différents, les traits des visages biens plus tibétains qu'indiens. Le Ladakh, cette région du nord de l'Inde dans laquelle je me trouve, est d'ailleurs surnommée le "petit Tibet" pour sa proximité culturelle avec le royaume du Dalaï Lama. Je ne suis pas mécontent d'arriver à Leh et d'y trouver un peu de confort après ces huit jours d'intenses efforts. Leh est une ville très touristique. Pour une fois, j'en suis pas mécontent. Là encore, je fais le tour des restaurants et des cafés pendant quelques jours le temps de reprendre des forces.

Quand l'ennui me gagne enfin, je me décide à partir à l'assaut du Stok Kangri, montagne qui domine Leh en son sud et dont je peux admirer le sommet enneigé à longueur de journée. Je loue pour une bouchée de pain une paire de bâtons de randonnée, de crampons et de chaussures d'alpinisme d'un autre temps, ressemblant plus à des chaussures de ski qu'autre chose. Je pars un matin mon sac lourd de ce matériel encombrant et de la nourriture nécessaire à trois ou quatre jours d'expédition. Je pars en solo, les agences de montagne locales ne m'inspirant aucune confiance. Les gens de l'auberge dans laquelle j'étais me prennent pour un fou et doutent de la réussite de mon entreprise. Je rejoins en transports en commun le village de Stok, à 3500 mètres d'altitude d'où démarre le sentier rejoignant le camp de base. La marche d'approche est longue, d'autant que mon sac est bien trop lourd et pas adapté à un tel port de charge (40 litres). Il y en a autant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Les bretelles me lacèrent les épaules, je monte bien trop lentement à mon goût et lorsque je gagne finalement le camps de base (4800 m) en fin de journée, j'ai l'impression d'avoir déjà bien trop puisé dans mes réserves d’énergie étant donné l'épreuve qui m'attend la nuit à venir. Le camp de base est bondé de tentes. En discutant avec un Indien, j'apprends qu'au moins quarante personnes montent cette nuit là, principalement des Indiens, sous la supervision d'agences. Je suis étonné lorsque j’apprends qu'ils comptent partir vers 21 heures. Un départ si tôt me semble être une bien mauvaise stratégie et j'en reste à mon idée de quitter le camp de base à deux heures du matin. Etant donnée ma dépense d'énergie de la journée, je n'ai aucun mal à m'endormir à 19h et faire ma nuit avant le départ. Quand je me lève à une heure du matin, la nuit est glaciale et le ciel joliment étoilé, la lune étant quasiment absente. Comme prévu, je pars à deux heures du matin, après avoir avalé un copieux petit déjeuner, mon sac chargé de quelques victuailles, de mes chaussures d'astronaute et d'un peu d'eau que j'ai jusque là protégée du gel en la maintenant dans mon sac de couchage pendant mon sommeil.


Je suis à peine sorti du camp de base que je croise un guide et son client sur le retour, ce dernier s'étant senti mal du fait de l'altitude. Tout au long de ma montée, je vais croiser des groupes renonçant à l'ascension. La première partie de l'ascension ne pose aucune difficulté sinon l'altitude. Je suis un sentier de randonnée bien marqué. Les groupes sur le retour m'indiquent la direction à suivre, et dans la nuit je peux voir les lampes des personnes qui me devancent, ce qui me donne une idée plus précise de l'itinéraire. J'arrive à un glacier à 5300 mètres d'altitude que je dois traverser pour arriver au pied de la montée finale vers le sommet. Cette traversée ne fait aucune difficulté, sinon une crevasse que je franchis en sautant. J'ai toujours mes baskets aux pieds, et les chaussures d'alpinisme dans le sac. Alors que je traverse le glacier, je croise un groupe d'au moins dix personnes accompagnées d'un seul guide rentrant au camps de base. Un guide pour dix personnes ? Il suffit qu'une personne se sente mal dans le groupe pour que les neuf autres personnes doivent renoncer à l'ascension. Je suis bien content d'être parti tout seul. Le froid commence à me mordre les extrémités. Mes gants de vélo sont bien peu face à ces températures glaciales. Mes baskets commencent également à montrer leurs limites. Une fois le glacier franchi, la montée se fait plus raide, d'abord dans un pierrier puis sur la neige. Je continue d'avancer mais mes jambes sont lourdes et le souffle de plus en plus court. Je fais des pauses de plus en plus régulièrement. Je finis par chausser les crampons et les bottes d'alpinisme. Ces dernières sont inconfortables au possible mais mes basquets ne faisaient plus l'affaire sur cette pente glacée. Je croise un dernier groupe de trois personnes et un guide renonçant, l'une des personnes souffrant du mal d'altitude. Le seul occidental du groupe semble ne pas se sentir mal et c'est donc naturellement que je lui propose de me suivre. Le jour est en train de se lever et l'on peut presque deviner le sommet plus haut. C'est l'affaire de deux heures de montée maximum. Il demande l'autorisation à son guide qui refuse, et qui ment sans vergogne en disant que le sommet est encore à quatre heures de marche. Je continue ma montée tout seul. Le soleil fait son apparition au-dessus des sommets alentours et c'est avec joie que je reçois ses rayons qui viennent réchauffer mes mains et mes pieds. Le spectacle est grandiose sous cette lumière matinale. Je rejoins la crête finale qui doit m'amener au sommet. L'altitude fait son travail et je commence à sentir un méchant mal de crâne. Par chance j'ai dans mon sac des cachets de paracétamol qui le rendent plus supportable. Je continue de monter mais je dois m'arrêter tous les dix mètres pour reprendre mon souffle et mes esprits. Le sommet est tout prêt et pourtant, vu mon état, j'en viens à douter que je puisse l'atteindre. Je croise un groupe de trois personnes et un guide qui en redescendent. Ils me disent qu'il ne me reste plus qu'entre trente minutes et une heure de montée. Cela me remotive. Je ne peux pas m'arrêter si prêt du but. J'ai retrouvé le confort de mes baskets sur la crête et je monte comme je peux. Je finis par apercevoir les drapeaux colorés de prière bouddhistes. Je le tiens, j'y suis. Quelques dernières dizaines de mètres sur une pente enneigée et je gagne le sommet et ses drapeaux. Pouah !! La vue est incroyable, pas un seul nuage ne vient troubler la fête et je suis empli d'émotion. 6153 mètres d'altitude. C'est un nouveau record pour moi. Je dépasse de quelques dizaines de mètres le Huayna Potosi que j'avais gravi en Bolivie en 2013. Je profite de ce spectacle incroyable pendant une vingtaine de minutes avant de me lancer dans la longue descente. Une fois l'émotion passée et l'objectif atteint, il est bien difficile d'affronter l'éprouvante descente qui doit me ramener au confort et à la sécurité du camp de base. Les rayons du soleil commencent à taper fort et il faut que je me presse de descendre avant qu'ils ne ramollissent de trop le glacier. Je retrouve le camp de base épuisé, après trois longues heures de marche. La plupart des personnes croisées dans la nuit son déjà redescendues à un camps intermédiaire plus bas. Je m'écroule dans ma tente, remettant le reste de la descente au lendemain. J’enchaîne une longue sieste de cinq heures et une nuit de neuf heures dans la foulée. Le lendemain je rejoins tranquillement Leh, bien reposé, et content de mon aventure.

Les premiers drapeaux de prière indiquent l'arrivée en terres bouddhistes.


Rivières tortueuses en fond de vallées.

Tout au long de la Manali-Leh highway, je me délecte de cette philosophie de bord de route.

A certains moments, j'ai comme l'impression de rouler sur la lune.

Je n'ai que l'embarras du choix pour poser mon bivouac dans ces espaces grandioses.

Sur la route, je croise Dima, un russe qui allie vélo et alpinisme. J'en profite pour récupérer des informations sur l'ascension du Stok Kangri.

Gata loops. 21 lacets au total et, une fois arrivé au dernier, lorsque je pense en avoir finit, la route continue de monter à flanc de montagne sur dix kilomètres...

A l'extrémité d'un des lacets, je tombe sur un drôle de temple. Les conducteurs laisseraient ces bouteilles d'eau en offrande à un fantôme qui hanterait la route... Comme si les Indiens avaient besoin d'une telle légende pour jeter leurs déchets par la fenêtre !

Joggui et Petra, un guide indien et sa cliente suisse que je croise quotidiennement sur la Manali-Leh highway.

Le rangement du campement dans les sacoches, routine quotidienne.

Dans cet univers aride et lunaire, les premières neiges n'apparaissent pas en-dessous de 5500 mètres d'altitude.

Au col de Taglanla, à 5328 mètres d'altitude, dernier obstacle avant l'arrivée à Leh.

Au sommet du Stok Kangri à 6153 mètres d'altitude, au sud de Leh.

Stok Kangri.

Stok Kangri.


 
 
 

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