WELCOME IN IRAN
- 15 juin 2017
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Hugo et Céline m'ont rejoint à Van. Nous profitons de nos derniers jours en Turquie ensemble. Cent kilomètres nous séparent de la frontière iranienne. La journée est paisible, la route relativement plate et un petit vent arrière rafraîchit les rayons du soleil en même temps qu'il nous aide dans notre avancée. Nous savourons ces derniers kilomètres sur le sol turc. J'ai roulé plus de deux milles kilomètres dans ma traversée d'ouest en est du pays. Cette dernière a été parsemée de formidables rencontres. Je me souviendrai de la gentillesse des personnes rencontrées et des innombrables invitations à boire le thé.
Alors que la journée touche à sa fin, nous nous arrêtons dans le village de Saray, situé vingt kilomètres avant la frontière. Nous faisons le plein d'eau à la mosquée sous les regards curieux d'un groupe d'enfants. En repartant, nous tombons sur un parc d'une taille démesurée au vu du village. Nous demandons à l'agent d'entretien présent si nous pouvons y planter nos tentes. Il appelle un supérieur afin d'obtenir son aval. Nous patientons ne doutant pas un instant d'obtenir une réponse positive. Notre cortège d'enfants curieux est toujours là. Un professeur originaire de Van, de passage ici, engage la conversation et nous fait l'interprète avec l'agent d'entretien. Nous sommes bien loin d'imaginer les péripéties qui vont suivre.
Après trois quarts d'heure d'attente, un 4x4 noir débarque avec à son bord quatre hommes, la trentaine, se présentant comme de la police. Aïe. Très vite ils nous signifient que nous ne pouvons pas camper dans ce village, la région étant infestée de terroristes. Les fameux dangereux terroristes kurdes. Les quatre hommes se lancent d'ailleurs dans une inspection minutieuse des vélos et sacoches, ayant soi-disant obtenu une autorisation venue d'en-haut. Nous ne nous y opposons pas, n'ayant pas grand chose à cacher. Nous les observons, médusés face à un tel retournement de situation. En nous rendant nos passeports, celui qui semble être le chef, nous dit que nous devons retourner au village d'Ozalp, vingt kilomètres en arrière, et y dormir à l’hôtel. La journée touchant à sa fin, nous aurions bien continué vers l'Iran pour trouver un coin de verdure et y planter nos tentes. C'était sans compter sur le blindé qui nous attendait à la sortie du village pour nous escorter sur la moitié du chemin vers notre destination imposée.
Dépités et épuisés, nous arrivons à Ozalp à la nuit tombante. A la recherche du fameux hôtel que l'on nous a indiqué, nous traversons le centre ville. On nous y invite à partager l'iftar, le repas pris chaque soir par les musulmans au coucher du soleil pendant le ramadan. Le repas est offert par la municipalité et de nombreux enfants et adultes sont attablés sous un barnum. Nous rencontrons le maire, escorté par un impressionnant service de sécurité. Celui-ci ne manque pas de s'afficher avec nous sous l'objectif d'un journaliste local. Nous nous mettons finalement à table et profitons de ce repas bien mérité. Nos assiettes terminées, nous sommes invités à boire le thé chez le chef de la police locale, à priori pas la même que celle rencontrée plus tôt. Cette journée ne semble pas vouloir de terminer. Épuisés, nous nous laissons porter. Nous sirotons du thé à n'en plus finir en compagnie des notables de la ville, bien incapables d'aligner deux mots en anglais. La plupart sont Kurdes. Nous communiquons tant bien que mal à l'aide de Google translate. Nous en venons à parler religion. Essayant désespérément d'expliquer l'athéisme à des musulmans convaincus avec notre application de traduction, nous ne pensons en vérité plus qu'à une chose : dormir. Nous ne savons toujours pas où nous allons passer la nuit. Au bout d'un certain temps, face à notre fatigue affichée, le chef de la police nous accompagne chez l'un de ses subalternes. L'aimable policier nous installe de quoi dormir dans son salon. Nous ne pouvions rêver mieux à cette heure avancée. Nous nous écroulons de sommeil.
Après un petit déjeuner offert par le policier, nous reprenons notre route vers l'Iran. Pour la troisième fois nous roulons sur cette portion de route. Repassant devant le village de Saray, nous nous arrêtons immortaliser le moment devant le panneau du village. Et voilà que le fameux 4x4 noir refait son apparition. Après une salutation enjouée pleine d'hypocrisie, nous renfourchons nos montures à pédales, pressés de nous éloigner au plus vite de ce satané village. En levant la tête, nous remarquons d'ailleurs que nous étions pile poil dans le champ de vision de caméras de sécurité, lesquelles semblent à peu près autant à leur place ici qu'en plein milieu d'un désert.
Nous arrivons finalement à la frontière et y affrontons la cohue qui y règne. De mystérieux bidons d'huile d'olive y vont et viennent. Nous soupçonnons l'huile d'avoir disparue au profit de l'essence. Cette dernière est à peu près quatre fois moins chère en Iran qu'en Turquie. Nos passeports tamponnés, nous foulons le sol iranien. Il ne faut pas longtemps pour qu'un attroupement d'une vingtaine d'hommes se forme autour de nous. Bienvenus en Iran. Après s'être extirpés de la foule et cédés à quelques demandes de selfies, nous reprenons notre route. Nous descendons une splendide vallée, vent et soleil dans le dos. Je m'arrête bivouaquer au bord d'une rivière. Nos chemins se séparent ici : Hugo et Céline souhaitent continuer jusqu'à la prochaine ville. Le lendemain matin, alors que j'approche de la ville de Khoy, on m'invite à boire le thé et manger. Je suis surpris : je ne m'attendais pas à une telle invitation en plein ramadan. J'effectue quelques courses dans l'échoppe attenante. L'un des hommes avec lesquels j'ai partagé le repas insiste pour payer mes courses et me plante une liasse d'un million de rials (environ 27 euros) dans la main. Je fais des pieds et des mains pour lui remettre l'argent, en vain. Je reprends mon vélo, quelque peu ahurit. Ma traversée de l'Iran s'annonce riche en rencontres et surprises.
Arrivé à Khoy, je m'adresse au premier venu dans la rue pour lui demander où je peux acheter une carte sim pour mon portable. Ce dernier ne parlant pas anglais, il appelle un de ses amis, avec qui je discute au téléphone, et qui lui donne les directives. Il m'amène au magasin, à deux pas, et m'aide dans l'achat de la sim, puis m'invite dans son commerce à manger pistaches, noix de cajous et fruits secs. Fier de ma compagnie, il convie tous les passants dans son magasin. Je suis incapable de compter le nombre de selfies que je dois faire avec des inconnus. Je suis certainement la star de la ville sur Instagram ce jour-ci. Je repars finalement, accompagné par deux jeunes en scooter, qui m'indiquent la direction. Je suis sur un petit nuage suite à ces premiers contacts prometteurs avec les Iraniens.

"Céline, Hugo et notre aimable hôte de la police locale."

"Dernières vues sur les paysages turcs."

"Arrivés en Iran, les routes sont parfois encombrées."

"Depuis la frontière, nous suivons une rivière tourmentée encaissée au fond d'une vallée colorée."

"A Khoy, un marchand de noix et fruits secs me prend sous son aile."

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