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DERNIERES NOUVELLES DE TURQUIE

  • 29 mai 2017
  • 6 min de lecture

La grasse matinée tant espérée me file sous le nez. Il est cinq heures du matin et un vacarme pas possible me sort de mon sommeil. Mon cerveau met un moment à identifier le bruit. Un chalumeau semble s'être posé juste au-dessus de ma tente; la vérité n'est pas très loin. Je pense d'abord avec inquiétude à mon réchaud à essence. Se peut-il que celui-ci se soit mis en route de manière autonome? Non, impossible. Et puis je comprends. La Cappadoce est réputée pour les vols en montgolfière qui y sont proposés aux touristes. Le boucan dure un certain temps. J'hésite à me lever pour admirer le spectacle des ballons volant dans la lumière matinale. Je m'accroche pourtant à la chimère d'une grasse matinée. A sept heure le soleil est déjà haut dans le ciel, et je sue à grosses gouttes dans mon duvet en plumes d'oies. Je me lève. Les montgolfières ont disparu. Malgré mes efforts pour me lever tôt les jours suivants, je ne parviendrai pas à les voir.

Vers midi je retrouve Bébert et Mimille, deux joyeux savoyards partis pour un an à vélo. Je les avais rencontrés deux jours plus tôt. Nous visitons ensemble quelques sites religieux autour de Göreme. De nombreuses églises rupestres ont été creusées dans la roche sous l'empire byzantin. Les représentations religieuses qui y figurent y sont saisissantes et offrent un témoignage incroyable de l'art de l'époque. Après une après midi de visites sous une chaleur étouffante, nous sommes contents de nous attabler autour d'une bière... puis deux, puis trois... Toute la soirée nous refaisons le monde, alors que ce dernier nous refait depuis nos départs respectifs. Les deux savoyards reprennent leur route le lendemain. Je reste encore une journée profiter des magnifiques paysages de la région. L'érosion a sculpté d'étonnantes et esthétiques formations géologiques, et je me régale en les arpentant, baskets aux pieds. Le vélo est au repos.

Deux jours de pause me paraissent une éternité lorsqu'il me faut reprendre mon vélo. Le doute s'installe rapidement dans mon esprit quand il faut continuer ma route vers l'inconnu. Que vais-je rencontrer sur mon chemin? Quelques tours de pédalier et sourires rencontrés plus loin, ma routine de cyclo-voyageur est rétablie. Mes yeux sont occupés à la contemplation des montagnes qui bordent ma route. Dans les campagnes, les salutations sont franches et les sourires qui les accompagnent m'aident à avancer. Je passe un col. Dans la longue descente qui s'en suit, je peux admirer le Mont Erciyes, 3916 mètres, impressionnant.

Ma traversée de l'est de la Turquie est difficile. Je franchis une succession de cols autour de 1800 mètres d'altitude. Sur certaines portions de route, les villages et les possibilités de ravitaillement se font très rares. Les paysages sont grandioses; leur contemplation comble ma solitude. Dans ma lutte contre les pentes interminables d'un col, je m'arrête boire un thé en bord de route à l'invitation d'une famille de producteurs d'abricots. Le temps de discuter, descendre deux verres et me remplir les poches d'abricots secs, un vent violent a fait son apparition. Quand je reprends mon vélo, j'arrive à peine à pédaler. Je suis obligé de produire un effort incroyable pour rester sur mes deux roues. Pendant deux heures je lutte désespérément contre les éléments. Je suis plusieurs fois plaqué contre la rambarde de sécurité qui borde la route. Alors que j'approche malgré tout du col, des nuages noirs font leur apparition. Le clou du spectacle. Je franchis le col sous les premières gouttes, et effectue ma descente sous le déluge. J'arrive trempé au prochain village. Je me réfugie à l’abri autour d'un thé. La nuit n'est plus très loin, et la pluie semble s'être installée pour un moment. Je ne sais pas quoi faire. Je remonte sur mon vélo sous la pluie, en attente d'une manifestation divine. Je pédale vingt mètres, regardant désespérément autour de moi. Un commerçant me fait signe et je vais m'abriter dans sa boutique. Ercan m'offre à boire et à manger. Quand il me demande où je compte dormir, je lui réponds que je n'en ai pas la moindre idée. Nos échanges sont limités par la barrière de la langue. La nuit est presque là. Après un thé supplémentaire, nous allons chez un de ses amis. Après s'être joliment enfumé l'esprit, nous repartons, tout sourire. Ercan m'ouvre alors les portes d'une maison abandonnée du village où je peux me réfugier pour la nuit. Je suis soulagé et suis impatient de dormir. C'est sans compter sur les visites de plusieurs jeunes qui viennent m'apporter les victuailles qu'ils ont pu trouver ça et là. Je me sens comme un pauvre bougre sans moyens de subsistance. La situation est cocasse.

Le lendemain je suis heureux de pouvoir m'offrir le confort d'un hôtel à Malatya, grande ville de 400 000 habitants. Avec l'ambition de me faire couper les cheveux en toute simplicité, je me rends chez un coiffeur. C'était sans compter sur les ambitions personnelles de mon coiffeur Devran, qui, par chance, parlait très bien anglais. J'échappe de justesse à une coupe de la barbe "stylée". Malheureusement pas à la coupe de cheveux. Une fois son oeuvre terminée, me voilà affublé d'une coiffure de footballeur (désolé pour eux). Pour finir en beauté, Devran m'a commandé un çig kofte, plat local, que je déguste dans le salon de coiffure. Littéralement, çig kofte signifie viande crue. Concrètement, le çig kofte que l'on peut déguster en Turquie, ce sont des boulettes de viande... sans viande. L'Etat turc a semble-t-il interdit la viande dans le çig kofte vendu dans les commerces, pour éviter les intoxications alimentaires. Ce qui donne un très bon plat à base de boulgour et d'épices... beaucoup d'épices. Après avoir remercié mon talentueux coiffeur, je me précipite dans la rue, la bouche en feu, à la recherche de quoi calmer cette profusion pimentée.

Dans mon avancée vers l'est; je traverse l'Euphrate, lointain souvenir de mes cours d'histoire-géographie du collège. Les routes sont généralement en très bon état dans le pays, même si les travaux sont nombreux. Sur les bords de routes, les travailleurs sont toujours très agréablement surpris à mon passage et me font de grands signes amicaux. Ils ont souvent un samovar sur le feu et me proposent un thé. Les stations services sont devenues pour moi des lieux de convivialité. Je m'y arrête souvent pour me ravitailler en eau et nourriture, et passe rarement à côté d'une invitation à boire le çay. Les rares fois où l'on ne m'y invite pas, j'en suis presque vexé et pas loin de demander réclamation. "Et mon thé, je vais devoir l'attendre encore longtemps ? Non mais quel toupet !"

Je m'approche petit à petit du lac de Van, plus grand lac de Turquie. La présence militaire est de plus en plus marquée; le Kurdistan turc est sous haute surveillance. Peu avant mon arrivée aux abords du lac, je suis hélé par deux soldats turcs qui m'invitent à boire le thé sur le bord de la route. Un troisième fait la sieste, étalé dans l'herbe. Alors que j'ai mis mon appareil photo en mode retardateur pour immortaliser le moment, l'un d'eux me plante sa kalachnikov entre les mains. Drôle d'impression. Je me sens un peu pataud avec un tel engin entre les pattes et ne suis pas rassuré à l'idée de faire une bourde.

Mes premiers échanges avec les kurdes sont cordiaux. Ceux-ci ne manquent pas de mettre en avant le fait qu'ils soient kurdes et non turcs. Et qu'ils ne sont pas terroristes, comme beaucoup de Turcs semblent le considérer. Les Kurdes sont 15 millions en Turquie, soit 20% de la population totale, et pourtant leur culture est totalement niée par le reste du pays.


De Tatvan à Van, je suis les rives du lac, m'enfonçant parfois dans les montagnes pour franchir un col. L'eau du lac, peu profond, est d'un bleu saisissant, contrastant avec le gris intense des nuages qui voilent les sommets alentours. J'arrive finalement à Van, à l'est du lac. La frontière iranienne n'est plus qu'à une centaine de kilomètres. Je m'y arrête quelques jours afin de me reposer avant d'entrer en Iran. Le Ramadan vient tout juste de commencer. Il est compliqué de trouver un endroit où manger en journée. La situation sera certainement plus contraignante en Iran. Céline et Hugo, me rejoignent. Je les avais croisés en Croatie, il y a déjà deux mois. Ils voyagent à vélo couché. Nous allons faire la route ensemble jusqu'à la frontière. J'ai hâte de découvrir ce pays, objet de nombreux fantasmes en occident, mais dont j'ai entendu le plus grand bien de la part de tous les voyageurs qui l'ont visité.


" Paysages grandioses de Cappadoce "

" Paysages grandioses de Cappadoce "


" Mont Erciyes "

" Paisible coin de bivouac "

" Il y a toujours un samovar sur le feu, même sur le bord des routes, pour inviter le voyageur à boire le thé. "

" Parfois, pour le plus grand malheur du cycliste, le temps tourne à la pluie."

" Les Turcs ne sont pas très à l'aise quand ils essayent mon vélo."

" Bivouac sympa au bord de l'eau."

" Bivouac sympa au bord de l'eau. "

" Enrôlé par les soldats turcs."

" Temps menaçant sur les bords du lac de Van."

" Les sommets enneigés sont encore nombreux dans la région à cette saison."

" Citadelle de Van."

" l'oeuvre de Devran."


 
 
 

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