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ISTANBUL - CAPPADOCE

  • 13 mai 2017
  • 6 min de lecture

Quand l'employé du consulat iranien d'Istanbul me demande si je souhaite recevoir mon visa de manière urgente ou non, je réponds par la négative. Je ne saurais dire ce qu'il s'est passé dans ma tête à ce moment là. Pourquoi attendre un jour quand l'on peut attendre une semaine ? Outre le visa iranien, je pensais profiter de mon séjour à Istanbul pour demander mon visa ouzbek. Je m'assoie donc bien sagement sur cette opportunité. A peine commencées, ces démarches administratives me font déjà mal à la tête. En bon adepte de la procrastination, j'attends d'être à Téhéran pour faire les prochains visas : Turkménistan, Ouzbékistan, et Chine. Rien que ça. L'affaire de deux petites semaines tout au plus. Sachant que mon visa iranien dure un mois, ça ne me laissera pas beaucoup de temps pour traverser le pays à vélo.


Lors de ma première nuit à Istanbul, je dors du profond sommeil du cycliste exténué. Je suis brusquement réveillé, beaucoup trop tôt. En face de l'auberge de jeunesse dans laquelle j'ai atterri, se trouve un minaret, duquel sort le chant du muezzin. Je ne peux m'empêcher de rire en pensant à cette fameuse scène du film OSS 117. Je ne déloge pas le chanteur matinal. Il ne faudrait pas se fâcher avec les turcs de si bonne heure.

J'avais donc devant moi une grosse semaine pour découvrir la ville. Istanbul, à cheval entre l'Europe et l'Asie, est une gigantesque métropole. J'ai été assez surpris de la modernité de la ville : les transports en commun sont nombreux, les rues très propres, on se sent en sécurité, le métro n'a (vraiment) rien à envier au métro parisien... Je crois que mon cerveau était resté bloqué sur le Istanbul du film Midnight Express, quarante ans plus tôt.

Marc et Esteban, les deux Suisses, ne tardent pas à arriver. Nous ne manquons pas de fêter nos retrouvailles. Le soir, nous retrouvons Gizem, Mektab, et Ihlan, qu'ils ont rencontré la veille. Après quelques bières de chauffe, nous décidons d'aller nous enjailler en boite de nuit. Seule ombre au tableau : nos tenues, un patchwork de shorts, sandales avec chaussettes, sandales sans chaussettes... Nous n'avions pas vraiment prévu le coup. Nous ne courbons pas l'échine pour autant et nous présentons fièrement devant le videur qui n'y voit que du feu. Quelques minutes plus tard, nous dansons sur la Macarena, arborant triomphalement nos tenues de soirée.

Le lendemain, nous partons avec Marc à la recherche d'une salle de bloc (escalade) que nous trouvons dans un quartier d'affaire du nord de la ville. La salle est petite mais plus que convenable et nous sommes bien accueillis par Efe, le gérant. Le niveau est plutôt (trop) élevé et il ne faut pas longtemps pour que les avant-bras nous piquent. A croire que les muscles de nos bras se sont réfugiés dans nos jambes. C'était quand même une belle et courageuse sortie pour un lendemain de Macarena.

Les deux Suisses reprennent leur route. Je me ballade et me perd dans l'immensité de la vile avec beaucoup de plaisir. Je me rend au "dernier magasin de vélos de voyage avant Bangkok" d'après ce que j'ai pu lire sur internet. Je fais le plein de chambres à air Schwalbe et de huile à chaîne. Le très sympathique gérant me conseille sur l'itinéraire à suivre pour traverser la Turquie. Je me goinfre de pâtisseries locales qui sont merveilleuses, notamment de Baklavas, délicieux dessert feuilleté trempé dans du sirop avec des morceaux de pistaches. Je bois des thés à ne plus pouvoir les compter. Le çay (thé) est une institution en Turquie, si bien que dans les magasins il est vendu au kilo. Je goûte également au café turc, café noir servi avec son marc. Je ne peux me résigner à laisser une goutte au fond de la tasse, si bien que je finis généralement avec du marc plein les dents. Il est plus prudent et commun de boire du thé en Turquie. Certains Turcs ont une drôle de manière de se dire bonjour. J'observe amusé leur rituel dans les rues stambouliotes. Il font une double bise, avec chaque extrémité du front. Un double coup de boule, en somme. Amicalement, bien entendu. Un truc de Turcs.

Je récupère mon visa iranien. Je suis impatient de partir à l'assaut du pays après avoir goûté à la gentillesse des Turcs à Istanbul. Etant plutôt modéré dans le masochisme, j'embarque dans un bateau depuis le centre d'Istanbul, et m'épargne ainsi la sortie de cet enfer urbain à vélo. Je débarque à Yalova, ville située sur le bord de la mer de Marmara, non loin d'Istanbul. Cette journée de reprise est chaude et dure. Je suinte mon trop plein de baklavas. Je m'arrête boire un thé en milieu de journée. Sur la place du village, les hommes discutent à l'ombre des arbres autour de la même boisson que moi. J'enfourche mon vélo. Dans les champs qui jalonnent ma route, des groupes de femmes couvertes s’attellent à bécher et désherber les rangs de patates sous un soleil cuisant. Drôle de répartition des tâches.


J'approche d'un grand lac. Il est l'heure de s'arrêter. Je trouve un endroit discret. Je plante ma tente, planqué entre les roseaux et les crapauds. Il fait encore jour et ma tranquillité est troublée par un groupe de jeunes gens venus descendre des bières et écouter de la variété turque sur les haut-parleurs grésillants d'une voiture. A vingt mètres de mon campement. C'est sur ce fond sonore que je termine ma lecture de l'Idiot de Fiodor Dostoïevski. Parfois, je me sens un peu prince Mychkine pendant ce voyage.

Quelques belles montées freinent mon avancée avant d'arriver sur le plateau anatolien. Le soleil tape fort en milieu de journée et les invitations à boire le thé sont les bienvenues. Alors que je traverse le village de Yukaripiribeyli, je suis arrêté sur le bord de la route par Armhed, petit vieux à la jolie moustache. Il m'invite à boire le thé et me ramène comme un trophée de chasse au café du coin où sont attablés tous ses acolytes. Je leur explique d'où je viens et où je vais. Ma faible maîtrise du turc ne m'en permet pas plus. Je bois les nombreux verres de thé que l'on me présente pendant que la joyeuse compagnie discute de mon cas. Au bout d'une demi heure, l'attraction de foire reprend sa route sous les encouragements de la compagnie.

Mon avancée, une fois rendu sur le plateau anatolien, est plus aisée. Les parcelles agricoles s'étendent à perte de vue. Un après-midi, alors que je me suis arrêté à Yunak pour me ravitailler, un vent violent se lève. Dans la petite ville, des nuages de poussière tourbillonnent. La suite de la journée semble compromise. J'analyse ma carte. Ma route file vers le nord-est. Le vent souffle dans cette exacte direction. Je sors de la ville à toute vitesse, sans avoir donné un seul coup de pédale. Je double des virevoltant (ces boules de foin qui roulent dans les westerns), ma prise au vent étant plus importante. En une heure et demi, j'avale une cinquantaine de kilomètres, sans me fatiguer. Quel plaisir ! Le vent est plus souvent un obstacle qu'un atout à vélo. Je savoure l'instant.

A l'approche de la Cappadoce, les étendues agricoles laissent place à des paysages plus intéressants. Je longe le Tuz Golu, grand et peu profond lac salé. L'été, il s'assèche complètement pour laisser une épaisse couche de sel. Autour, les paysages sont désertiques et d'une platitude déconcertante. La grandeur du lac est passée et il se recroqueville sur lui-même. Au loin, je peux déjà contempler le mont Hasan, majestueux volcan éteint de 3268m d'altitude. Solitaire, il s'élève dans un paysage aride et plat. Il guide mon avancée sur une centaine de kilomètres. Son sommet est encore bien enneigé en ce mois de mai. Je dors dans le charmant village d'Inlara, au pied du volcan. Une journée de vélo me sépare de Göreme, centre névralgique de la Cappadoce, région aux formations géologiques surprenantes. Sur ma route, je visite la ville souterraine de Derinkuyu, dont les galeries s'enfoncent à près de cent mètres sous terre. Les historiens ont du mal à s'entendre sur les origines de la cité, qui remonteraient bien avant notre ère.


Alors que le soleil baisse, j'approche de Göreme. Dans ma descente vers le village, je peux déjà contempler la beauté des paysages. Je vais m'arrêter quelques jours dans le village. J'ai quitté Istanbul depuis dix jours et j'ai pédalé à un rythme soutenu, avec plusieurs journées au-dessus de cent kilomètres. Je comprends à présent l'immensité du pays. Ces dix jours intensifs m'ont permis de traverser un tiers du pays. La frontière iranienne est encore loin. Je suis fatigué et un peu de repos dans ces paysages grandioses me fera le plus grand bien.


" Coucher de soleil sur Istanbul "

" Tout dans les jambes, plus grand chose dans les bras. On aura quand même essayé "

" Il était temps de repartir : je commençais à refaire du gras à cause des fabuleux desserts turcs (ici baklavas) "

" Coucher de soleil sur Istanbul "

" L'heure de quitter Istanbul et Sainte Sophie "

" Dans les villages, je suis une véritable attraction pour les papys sirotant leurs thés "

" Tuz Gölu, immense lac salé "

" A la sortie d'école, je n'échappe pas aux appels des enfants à mon encontre "

" Un berger et ses moutons à flanc de montagne "

" Infinies étendues du plateau anatolien "

" pas facile de trouver un endroit pour bivouaquer dans ces étendues agricoles "

" Le volcan Hasan passé, la Cappadoce et le repos bien mérité ne sont plus très loin"

" Derinkuyu, la cité souterraine. Ses fondateurs avaient crée un ingénieux système de fermeture depuis l'intérieur, pour faire face aux invasions ennemies."

" Arrivée en Cappadoce. Paysage à couper le souffle."



 
 
 

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