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Dubrovnik - Istanbul

  • 27 avr. 2017
  • 7 min de lecture

Je quitte Dubrovnik sous un grand soleil. Il est à peine 10 h du matin et déjà la chaleur se fait brutalement sentir. Tout comme les (trop nombreuses ?) bières descendues avec Marc pendant ces trois jours passés dans la ville médiévale du sud de la Croatie. Rien de tel qu'une longue montée sous un soleil de plomb pour évacuer les toxines. Marc, cylclotouriste suisse rencontré plus tôt, attend l'arrivée de son passeport pour repartir et rejoindre Esteban, son compagnon de route, à Tirana.

La frontière avec le Monténégro n'est qu'à une poignée de kilomètres. Je la passe en milieu de journée. Ma route croise celle d'Antonin. Il pédale dans la direction inverse et vient de Kotor, ma destination du jour. Petite cité médiévale coincée au fond d'une magnifique baie jalonnée de montagnes. J'y arrive assez tôt pour profiter de la cité. En fin de journée, je suis les remparts qui zigzaguent jusque dans les hauteurs des montagnes alentours. Le coucher de soleil est splendide. Le soleil dispense ses derniers rayons sur l'eau assombrie de la baie. En rentrant à l'auberge où je me suis installé, je rencontre Alejandro, cyclo espagnol qui se rend également en Asie.


Décidément ! Avec le printemps, la saison est lancée. Les papillons papillonnent, les bourgeons bourgeonnent et les cyclos cyclonnent !


Le Monténégro est un tout petit pays. Il ne fait pas partie de l'Union Européenne, et pourtant il a pour monnaie l'Euro. Étrange. Au départ de Kotor, je suis la côte dans ma descente vers l'Albanie. Le littoral monténégrin est très semblable à celui suivi en Croatie. Au final, j'aurai passé à peine trois jours dans le pays, mais j'y ai beaucoup apprécié mes coups de pédale et les quelques rencontres.

A l'approche de la frontière albanaise, les premiers minarets se dressent le long de ma route. Les troupeaux de moutons traversent anarchiquement la route. La fracture est grande entre les deux pays. A mon entrée en Albanie, je suis frappé par la différence. Ici l'agriculture est manuelle, des charrettes tirées par des chevaux partagent la route avec les vieilles Mercedes des années 80/90, les routes sont cahoteuses, les chiens errants omniprésents... Au milieu de ce décor, je ne passe pas vraiment inaperçu. Chacun de mes passages devant une école est accompagné d'une huée de "hello mister". Les enfants semblent ravis de pouvoir mettre à l'épreuve leur apprentissage de l'anglais. A plusieurs reprises lors de ma semaine passée dans le pays, ma route est arrêtée par des invitations à boire un café. La barrière de la langue complique mes échanges avec les Albanais. Très peu parlent anglais et je ne dépasse pas le stade du "faleminderit" (merci en albanais) dans mon apprentissage de leur langue compliquée. Je fais malgré tout de très belles rencontres. Leurs regards traduisent une grande sympathie et une grande générosité. Je garderai une forte impression des Albanais. De nombreux blockhaus sont répartis sur le territoire, souvenir de la très longue dictature communiste (1944 - 1991) dont le pays semble encore avoir du mal à se relever. Jusqu'en 1985, Enver Hoxha dirige d'une main de fer le pays, qui garde une grande indépendance vis à vis de l'Union soviétique et du voisin Yougoslave.


Je passe une journée et une nuit à Tirana, la capitale. L'arrivée à vélo dans cette ville est assez compliquée. La circulation y est anarchique et intense. Les routes sont dans un état... catastrophique. Des nids de poules parsèment la route. A certains endroits, les poules avaient bon dos : une colonie d'autruches aurait pu nicher dans les trous qui faisaient obstacle à mon avancée. Aux carrefours, des policiers observent cette anarchie d'un bon œil. Il ne s'agirait pas de laisser faire quelques malintentionnés qui s'aviseraient de respecter des règles. De toute manière inexistantes. C'est malgré tout entier que j'arrive dans le centre de la ville et à la paisible auberge de jeunesse que j'ai réservée. Tirana ne représente pas un grand intérêt touristique même s'il y règne une atmosphère plutôt agréable (hormis la pollution). Très peu de bâtiments témoignent de l'avant communisme. Au centre de la ville, la Pyramide, ancien musée à l'effigie d'Hoxha, bâtiment colossal et d'un esthétisme... douteux, semble laissé à l'abandon. De nombreux immeubles de l'ère communiste ont été récemment repeints de couleurs vives dans l'espoir de redonner une touche de gaieté à la ville.

Le lendemain je quitte Tirana et met le cap à l'est vers la Grèce. Je m'enfonce dans les montagnes verdoyantes. J'essuie le premier orage sérieux de mon voyage. Comme à Tirana, les villes que je traverse ne semblent pas avoir d'encrage dans un passé autre que celui des cinquante dernières années. J'approche de la frontière macédonienne sans la franchir. Un midi, je m'arrête auprès d'une rivière pour pique-niquer. A l'abri du soleil, je mange paisiblement. Les doigts de pied en éventail, assis à même le sol, les jambes écartées. Mon esprit est ailleurs, au repos. Je ne l'ai pas vu arriver. Mon sandwich à la main je bondis de frayeur (et je crie bien certainement). Un serpent se glissait entre mes jambes dans ma direction. A dix centimètres de mes fesses. Un peu plus et il rentrait dans mon short. Je mets quelques secondes à m'en remettre et le suis un instant avant qu'il n'aille s'abriter. Il devait faire un bon mètre de long, sans doute pas dangereux. N'empêche, quelle montée de stress. J'en rigole ensuite lorsque la pression retombe. Je finis mon repas debout et décampe rapidement.

Quelques jours plus tard, j'échange mes derniers Leks albanais contre des Euros et passe en Grèce. A l'entrée de l'Union Européenne, les files de voitures sont longues. A vélo, je n'ai pas à affronter cette interminable attente et je me faufile entre les voitures. Arrivé en Grèce, je retrouve de belles routes, sans nids de poule. Je traverse le nord du pays, d'ouest en est. Je jongle entre portions de montagne et littoral. Je m'arrête une demie journée à Thessalonique, grande ville côtière. Un soir, alors que j'ai installé mon campement dans les montagnes, j'observe furtivement le passage d'un renard. Les grecs ont en général un niveau d'anglais correct, ce qui facilite les échanges.


Un midi, je suis interpellé par deux trentenaires roulant dans une vieille camionnette, d'abord en espagnol, puis en anglais. Une longue barbe brune pour l'un, Pablo, espagnol, un visage tatoué et percé pour l'autre, Jérome, français. Les deux compères m'invitent à les rejoindre vingt kilomètres plus loin pour la soirée. Ils occupent un ancien complexe hôtelier et thermal laissé à l'abandon du fait de la crise économique qui a secoué le pays. Une rivière traverse le terrain et des sources d'eau chaude forment des bains. Remède inespéré aux courbatures ayant élu domicile dans mes jambes. Deux cylovoyageurs savoyards se sont également arrêtés dans ce petit coin de paradis. Le soir, d'autres "squatteurs" de Thessalonique nous rejoignent pour faire la fête. La crise a laissé un certain nombre de lieux inoccupés. Des jeunes de tous horizons les occupent librement (et illégalement). La soirée passée au "hot spring" est on ne peut plus cosmopolites : Espagnols, Français, Marocains, Algériens, Grecs, Suisses, Allemands... Les bières, le chirupo (gnole locale) et les joints passent de mains en mains. Je m'éclipse rapidement.

Le lendemain une longue journée de cent kilomètres m'attend. Je suis accueilli chez Dimitris et Johanna. Je les ai rencontrés sept jours plus tôt en Albanie. Alors qu'ils rentraient de leurs vacances en Croatie, ils m'avaient proposé de m'héberger, vivant sur ma route pour Istanbul. A mon arrivée, j'ai le droit à un festin de cuisine grecque : salade de feta, pita, fromage, brioche de Pâque, vin local... Je me régale. Le soir ils me font découvrir leur jolie ville de Xanthi et nous partageons quelques verres avec quelques uns de leurs amis. De belles rencontres et une bonne nuit dans un lit.

Deux jours plus tard, j'entre en Turquie. A l'approche de la frontière, les églises orthodoxes avaient laissé place aux mosquées. Mon passage dans les villages était déjà souvent accompagné des chants vibrants des muezzins. Après quelques contrôles à la frontière, je donne mes premiers coups de pédale sur le sol turc. Des champs s'étendent à perte de vue sur la partie européenne du territoire. 250 kilomètres me séparent d'Istanbul. Je roule sur la bande d'arrêt d'urgence d'une voie express. Pas très agréable, mais c'est la seule route qui s'offre à moi. Je traverse la ville de Terkidag située sur la côte. Une course cycliste de 75 kilomètres se prépare. Ne concourant pas dans la même catégorie, je trace ma route. La veille de mon arrivée, ma journée débute sur une crevaison. La première après plus de quatre mille kilomètres. Mes fameux pneus Schwalbe Marathon ont cédé devant une pointe. Je la retire du pneu avant de changer la chambre à air. La réparation attendra que je sois posé à Istanbul. Ayant repris ma route, je remarque que les clous, vis, et autres bouts de verre sont nombreux à joncher la route. Je slalome tant bien que mal entre ces obstacles ne voulant surtout pas crever une seconde fois avant d'arriver.

Cent kilomètres avant Istanbul, l'urbanisation se fait plus dense. Je prends un hôtel à Silivri, sympathique ville côtière. Je redoute les derniers kilomètres qui me séparent d'Istanbul. Il va falloir ruser pour éviter les grands axes et le trafic allant avec. Cette dernière journée est éprouvante. Je fais sans arrêt appel à mon application GPS pour dénicher les "petites routes". La ville n'est vraiment pas adaptée au vélo. En fin d'après-midi, je suis très heureux d'arriver et de pouvoir abandonner mon vélo à l'auberge de jeunesse réservée la veille.


Voilà la conclusion du premier chapitre de mon voyage. J'ai traversé l'Europe de bout en bout. Me voici à cheval entre deux continents. Je vais rester un moment à Istanbul, afin de lancer la longue bataille des Visas pour les pays suivants. Je vais aussi pouvoir m'octroyer un temps de repos, ce à quoi je rêvais ces dernières semaines."


Je m'éloigne de Dubrovnik sous un grand soleil

" Je m'éloigne de Dubrovnik sous un grand soleil "

" Kotor, cité médiévale au Monténégro "

"La splendide baie de Kotor au soleil couchant"

" Pause café le long de ma route en Albanie "

" Tirana. La Pyramide, ancien musée à la gloire du dictateur albanais Enver Hoxha "

" Lac d'Ohrid à la frontière avec la Macédoine "

" Cyclistes québécois rencontrés à mon arrivée en Grèce "

" Front de mer, Thessalonique "

" Pont byzantin, Grèce "

" Première crevaison, Turquie "

" Sainte Sophie, Istanbul, Turquie "


 
 
 

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