CROATIE
- 8 avr. 2017
- 4 min de lecture
J'entre en Croatie sous un grand soleil. Tiens, voilà une frontière. Je sors de l'espace Schengen. Le garde-frontière croate qui contrôle mon passeport est ébahit lorsque je lui raconte que je viens de France en vélo. Il hallucine quand je lui parle de mon projet de traverser l'Asie. Il me laisse passer tout sourire et rigole lorsqu'il voit ma lessive d'hier soir sécher à l'arrière de ma monture.
La descente des montagnes est rapide et très vite je peux contempler le bleu azur de la mer Adriatique. Quel plaisir. Je choisis de descendre une partie de l'Istrie, région du nord-ouest de la Croatie, afin d'embarquer pour l'île de Cres. Déjà je me rends compte que longer la côte croate n'est pas une mince affaire. Le littoral est escarpé et les montées sont ardues. Une fois débarqué sur l'île, même rengaine. Je n'avais pas soupçonné de tels reliefs en lisant ma carte au 1:600 000. Pendant dix kilomètres, la route qui part du nord de l'île n'est que montée. Mais quels paysages ! Sauvages et grandioses. Des troupeaux de moutons traversent la route, se jetant presque sous mes roues avec des bêlements hallucinés. Drôles de bêtes, certainement apeurées par ce drôle d'énergumène à deux roues. Mon esprit est tellement obnubilé par la nature environnante que j'en oublie cette grimpette interminable. J'en viens à me sentir tout chose et des étoiles apparaissent dans mes yeux. Ce ne sont plus celles de la contemplation. Je n'avais pas escompté un tel effort en fin de journée. Le coup de pompe du cycliste qui se met en travers de mon chemin. Je m'arrête, je mange une banane, boit un coup d'eau, et ça va beaucoup mieux. Je reprend ma route. J'arrive finalement au point culminant de mon ascension. Le soleil n'est plus très loin de la ligne d'horizon. Je redescends tout ce que j'ai monté au cours des deux dernières heures, de l'autre côté, jusqu'au prochain village, où je pense trouver un camping. Mauvaise pioche. Fin mars la saison touristique n'a pas commencé. Je suis obligé de prendre une chambre à 200 kunas (30 euros). Je n'ai plus la force d'aller chercher un coin de nature pour planter ma tente. Tanpis, je suis épuisé. Je profite de la matinée ensoleillée du lendemain pour prendre mon premier bain de l'année. L'eau reste encore très fraîche à cette période de l'année mais pas de quoi effrayer un breton.
Je pensais descendre l'île sur toute sa longueur et prendre un ferry pour la ville de Zadar. Le prochain part cinq jours plus tard. Décidément. Je dois donc prendre un bateau pour l'île de Krk (non ce n'est pas une faute de frappe), au nord, afin de rejoindre Rikjeka. Retour à la case départ. Heureusement, les paysages sont là pour compenser mes détours.
A présent, je vais suivre la côte croate du nord au sud, sur toute sa longueur. Plus de tromperies possibles. Elle est splendide. Mais là encore, escarpée et toute en relief. Je monte dans les hauteurs du massif du Velebit tout en gardant un œil sur le bleu intense de l'Adriatique. J'en prend plein les mirettes. Et les mollets. Dans la même matinée, je fais mes premières rencontres de cyclo voyageurs. Céline et Hugo, un couple de français, qui roule en vélo couché tandem. Drôle d'engin. Et trois suisses. Comble du hasard : nous avons tous la même destination. L'Asie ! Nous partageons une matinée de route et un repas tous ensembles, avec la certitude de nous revoir très vite.
Je m'arrête une journée au parc national de Paklenica, Mecque croate de l'escalade. Voies d'une longueur, et big walls de 300m, sur une roche calcaire qui semble incroyable. Je randonne quelques heures dans le parc et regarde envieusement les quelques grimpeurs qui se partagent ce paradis. La frustration est grande de ne pas avoir un compagnon sous le bras pour aller grimper. Ce sera pour plus tard, à mon retour. Amis grimpeurs, vous êtes prévenus.
Après cette journée de relatif repos, je reprend ma route. Cap sur Dubrovnik, tout au sud du pays. Il me faut cinq jour pour rejoindre mon objectif. Le littoral croate reste fidèle à ce que j'en ai vu dans la partie nord du pays : relief et bleu azur. Un jour, ma route quitte la côte pour s'enfoncer dans les terres montagneuses. Cette journée est particulièrement difficile : un très fort vent de sud freine mon avancée tout du long. En arrivant en haut des cols, je suis quasiment arrêté par ce fichu vent qui souffle en rafales. Sur les portions plates, c'est au prix d'un effort soutenu que j’atteins les 8 km/heure. Le mental est soumis à rude épreuve ce jour là, et je suis content en fin de journée lorsque mon compteur m'indique que j'ai effectué 70 kilomètres.
La veille de mon arrivée, j'essuie mes premières averses depuis mon entrée dans le pays. Au cours des dix derniers jours, c'est à peine si un nuage est venu troubler l'unité bleue du ciel. Je monte la tente sous les gouttes. Le lendemain, le ciel s'est apaisé et j'arrive à Dubrovnik en milieu de journée, bien résolu à profiter des jours suivants pour me reposer et découvrir la ville. Je vais également pouvoir déplier ma carte des Balkans et planifier mon itinéraire jusqu'à Istanbul, qui reste encore un mystère."
Ile de Cres





parc national de Paklenica



Novigrad

Commentaires