AURAY - ANNECY
- 26 févr. 2017
- 3 min de lecture

Je rêve des sommets enneigés du Pamir, de rencontres nomades au milieu des steppes kirghizes, des dômes turquoises de Samarcande, d’étals d’épices stambouliotes, d’une baignade dans l’Adriatique… Ces rêveries sont lointaines. Elles seront le phare qui guidera mon cheminement à travers cet hiver européen sur le déclin.
Mercredi 8 février. C’est le grand départ. Le vélo est prêt, les sacoches sont pleines. Le compteur kilométrique indique zéro. Premiers coups de pédale. Le vélo est lourd, trop lourd, à peine maniable sur une route en partie givrée. Je mise sur l’habitude pour prendre en main ma monture.
Premier arrêt chez ma grand-mère pour les derniers adieux. L’émotion est forte. Mes parents m’accompagnent sur les premiers kilomètres, à vélo eux aussi. Puis voilà encore venu le temps des adieux. Quelques copains m’attendent à Vannes pour un dernier café.
Deux jours plus tard, j’arrive à Nantes. Là encore les copains, les derniers verres, les accolades, les recommandations, etc… Merci à tous, c’était vraiment chouette de vous voir une dernière fois avant de partir. Désolé pour ceux que je n’ai pas trouvé le temps de voir.
Vendredi 10 février. Plus de copains, plus de famille sur ma route avant Annecy. Je me lance depuis Nantes dans une traversée solitaire de la France. J’ai l’impression que mon voyage commence là.
Je remonte la Loire. Très vite, les muscles de mes cuisses me font mal, les premières courbatures se font sentir. Mon corps n’est pas encore habitué à un effort prolongé quotidien. Le cours inversé du fleuve semble opposer son courant à ma progression. Le vent d’est est complice. Les premières nuits sous la tente sont très froides. J’ai beaucoup de mal à sortir de mon sac de couchage le matin. Avant de replier la tente, je dois gratter la toile afin d’enlever le nappage de glace qui la recouvre. Quelle idée de partir au mois de février.
Je suis l’itinéraire La Loire à vélo, alternant pistes cyclables et petites portions de route en bord de fleuve. Le parcours est plat et très bien aménagé. Pas étonnant qu’il soit le plus fréquenté en France. Pas moins de 800 000 usagers chaque année. Bizarrement je ne croise aucun cyclovoyageur lors de cette traversée. Probablement pas la bonne période. Je suis le seul couillon à trainer mes roues sur les bords de Loire en ce mois de février. Tant mieux.
Mardi 14 février. Ironie du sort, j’ai mis fin à mon tête à tête avec la Loire pour aller batifoler avec les eaux du Cher, moins tumultueuses. Je passe Tours, sans vraiment m’arrêter, traçant ma route dans l’inquiétude. Depuis hier, mon tendon d’Achille me fait mal. Après cinq jours de vélo. C’est préoccupant pour la suite. Le lendemain, je suis accueilli chez Jean-Luc que j’ai contacté via Warmshower, équivalent de Couchsurfing pour les cyclotouristes. Il m’accueille comme un roi : douche chaude, repas gargantuesque, dégustation des vins locaux, lit chaud et discussions autour de l’aventure à vélo. Une oasis de chaleur après deux nuits froides passées sous la tente.
Au abords de Mâcon, je rencontre les premières difficultés, les premiers cols. Je suis content de briser la monotonie et je sens mon premier objectif approcher. Un peu plus tôt, j’ai fait mes adieux définitifs à la Loire, vers laquelle j’étais finalement revenu. Je l’ai traversée par le magnifique pont-canal de Digoin et me suis éloigné, sans me retourner.
A Bourg-en-Bresse, je m’offre le luxe d’un hôtel, pour faire le plein de chaleur et de confort avant l’assaut final vers Annecy. Deux jours de montagne m’attendent, avec le lot de montées et descentes qui va avec. Je quitte la ville sous une fine pluie qui ne me quittera pas de la journée. A un moment, la pente atteint les 15%. Mes jambes sont impuissantes. Je pose le pied à terre et pousse le vélo. Tanpis pour la gloire. Arrivé en haut des cols, la joie est immense : à la descente, j’avale les kilomètres à toute berzingue sans même avoir à pédaler. Les voitures ne me doublent même plus.
Mercredi 22 février. Je me réveille sous un ciel dégagé. Cinquante petits kilomètres me séparent d’Annecy. Je roule tranquillement, savourant les derniers coups de pédale avant mon arrivée. Je passe le symbolique cap des mille kilomètres en fond de vallée. Quelle journée ! Ma satisfaction est grande lorsque j’aperçois les cimes enneigées surplombant les eaux turquoises du lac d’Annecy. Je passe la ville et roule le long du lac vers chez ma soeur, profitant du moment et du panorama. Lorsque j’arrive, je sais que le contrat est rempli : je peux enfin me relâcher et penser à me reposer. A reposer mon tendon d’Achille notamment, qui ne s’est pas vraiment remis, sans pour autant que la situation s’aggrave. Quelques semaines de trêve et de préparation pour la suite me permettront de reprendre la route de mes rêves plus si lointains, serein et motivé.



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